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Résumés des contributions
1/ Dr. Fatima Babikir Mahmoud,
«Mutation démocratique et participation des femmes dans les institutions politiques au Soudan»
Cette étude est publiée également en anglais dans ce numéro de Respect, sous le titre : “Democratic Transformation and the Participation of Women in Political Institutions in the Sudan”.
La participation de la femme à la vie politique et aux instituions de l’Etat nécessite trois conditions : l’instauration d’un Etat laïque, une démocratie enracinée dans la société, de la famille aux plus hautes institutions étatiques, et enfin, un développement équilibré basé sur le juste partage des ressources, la paix, la reconnaissance de la diversité culturelle, linguistique et ethnique, le respect des droit de la femme ainsi que les droits individuels de tous les citoyens soudanais. Autour de ces trois piliers, Fatima Babikir Mahmoud construit cette étude en commençant par définir le concept de laïcité déformé et caricaturé par les courants islamistes fondamentalistes, et montre que seul un Etat laïque pourra garantir aux citoyens et aux citoyennes la liberté, l’égalité et tous les autres droits fondamentaux.
Dans la dernière partie de cette étude intitulée « Droits civiques et représentation des femmes », l’auteur critique les formations politiques soudanaises dont les programmes restent toujours réticents à l’égard de la question de la femme, et ce malgré l’expérience du mouvement féministe soudanais et le rôle qu’il a joué à l’intérieur du pays et, malgré la présence de l’Union des femmes soudanaises sur la scène du mouvement féministe international [l’Union des femmes Soudanaises, fondée en 1952, fait partie de l’Union internationale démocratique des femmes et en a assuré la présidence de 1991 à 1994]. Bien que les partis politiques soudanais, opposés au régime islamiste en place et regroupés au sein de l’Alliance Nationale Démocratique (AND), reconnaissent les accords internationaux garantissant la liberté des femmes, ils ont toutefois fait un pas décevant en adoptant l’Article 5 des Accords d’Asmara signés en 1995. Cet article prévoit en effet d’ « accorder aux femmes des droits étendus, mais conformément aux traditions et aux croyances du peuple soudanais et en harmonie avec la Constitution ». Pour corriger cette erreur commise par les forces politiques soudanaises en adoptant cet article, Fatima Babikir Mahmoud propose son annulation pure et simple. Elle recommande ensuite aux forces politiques soudanaises d’oeuvrer pour une réelle participation des femmes à la vie politique en révisant leurs programmes relatifs à la question de la femme, de garantir aux femmes une participation égale dans les organes des partis et leur réserver des places dans les pouvoirs exécutif et législatif futurs avec un taux égal à 50%.
Dr Fatima Babikir Mahmoud a enseigné au département de Sciences politiques à l’université de Khartoum et ensuite dans des universités britanniques. Elle vit actuellement à Londres. Elle est l’auteur notamment de "Sudanese Bourgisie: Vanguard of Development?, London, 1984" et "La Femme Africaine entre Héritage Culturel et Modernisme, éditions Cambridge, 1995" (édité en langue arabe).
La rédaction de Respect tient à rappeler que cette étude a été préparée en août 2003. Nous la publions aujourd’hui car la question qu’elle traite reste toujours d’actualité, voire l’une des questions les plus urgentes.
2/ Faisal Mohamed Salih,
«La presse soudanaise et les droits de l’Homme»
Cette étude rédigée en juillet 2005 commence par une introduction qui donne une idée générale sur le principe du droit d’expression tel qu’il est défini par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, et sur la relation qui lie droit à l’information, droits de l’Homme et développement humain.
La première partie porte sur la situation des droits de l’Homme au Soudan et traite de la position de l’Etat soudanais vis-à-vis des traités et accords internationaux relatifs aux droits humains. Bien que la Constitution [adoptée par le régime actuel] reconnaisse la signature de ces accords, et malgré l’accord de paix signé avec le Mouvement de Libération des Peuples du Soudan (SPLM), les organisations de défense des droits de l’Homme confirment les exactions commises dans le pays, notamment au Darfour et dans la région Est. Parmi les autres violations des droits de l’Homme figurent les menaces et les attaques contre les journalistes, les partis politiques et la société civile.
Après cette aperçu général sur la situation des droits de l’Homme au Soudan, succède une deuxième partie intitulée « Liberté d’expression et de presse au Soudan » où l’auteur donne un arrière-plan sur l’histoire de la presse soudanaise qui s’épanouit durant les démocraties et régresse durant les périodes de dictature. Ainsi, on assiste après le dernier coup d’Etat à une migration massive des journalistes, notamment vers les pays arabes du Golfe. M. Salih décrit dans cette partie les réglementations en vigueur concernant la presse. La loi sur la presse et les publications, décrétée en avril 2004, est la dernière en date. Elle prévoit la création du Conseil national de la presse composé de 21 membres dont la majorité est désignée par des institutions officielles et sept seulement sont élus par les journalistes. Suite à un mouvement de contestation, cette loi a été modifiée en juin 2005. Le point positif qu’on peut être attribué à cette loi, c’est qu’elle limite les larges prérogatives accordées auparavant au Conseil national de la presse en ce qui concerne l’interdiction de journaux pour une période de plus de sept jours, et ce au profit de tribunaux.
La troisième et dernière partie de cette étude s’intitule « La presse soudanaise et la question des droits de l’Homme ». Elle porte, d’une part, sur le rôle que la presse doit jouer dans la société pour contribuer à l’éducation à une culture des droits de l’Homme, et d’autre part, sur les obstacles qui entravent la réalisation de cette démarche avec la mise en œuvre de lois qui limitent la liberté d’expression et en l’absence d’un mouvement syndical qui pourrait défendre les journaliste. Toutefois, Faisal Mohamed Salih estime que la presse soudanaise a joué tout au long de son histoire un rôle important dans la diffusion d’une culture des droits de l’Homme en abordant des sujets tels que les droits des minorités, la diversité culturelle, ethnique et religieuse et les droits de la femme ; mais aussi, en consacrant des suppléments à des débats intellectuels et en diffusant des informations sur les activités des organisations de la société civile. Néanmoins, cette partie porte aussi un regard critique sur la presse quand elle se transforme, intentionnellement ou non intentionnellement, en violeur des droits de l’Homme en employant un langage agressif, en adressant des accusations sans fondement contre des opposants au régime ou à l’encontre des courants adverses représentés par d’autres journaux, en diffusant des plaisanteries et des stéréotypes méprisants pour les femmes ou les minorités ou en ne respectant pas
le principe du droit de réponse.
Afin que les organes de presse assument pleinement le rôle qu’ils doivent jouer, Faisal M. Salih termine cette étude par une série de suggestions et de recommandations adressées aux organes de presse ainsi qu’aux organisations de défense des droits de l’Homme.
Faisal Mohamed Salih
Journaliste. Il est le rédacteur en chef du quotidien soudanais Aladwaa.
3/ Abdalla Ahmed Bashir (Abdalla Bola),
«L’arbre généalogique de l’ogre concernant le problème d’« Identité culturelle» et la question des droits de l’Homme au Soudan : essai pour retracer les origines du monstre islamiste »
A travers cette étude intitulée littéralement : « L’arbre généalogique d’el-ghoul
(l’ogre) concernant le problème d’«Identité culturelle» et la question des droits de l’Homme au Soudan: essai pour montrer que l’ogre islamiste ne nous est pas tombé du ciel », Abdalla Ahmed Bashir, dit Abdalla Bola, retrace les origines de ce problème épineux et tend à démontrer que les graves exactions commises par le régime islamiste au pouvoir depuis 1989 contre les populations soudanaises non arabisées et non islamisées, trouvent leurs racines dans nos institutions politiques, sociales, culturelles et populaires dominantes.
En s’appuyant sur un certain nombre d’exemples représentatifs flagrants : extraits des discours d’hommes politiques, propos d’intellectuels, d’écrivains et de journalistes, programmes de partis politiques, propos de hauts responsables, dictons, proverbes et stéréotypes courants, l’auteur démontre que les origines de « l’arbre généalogique du monstre islamiste » ne date pas d’aujourd’hui. C’est ce mépris à l’égard des autres cultures soudanaises qui a alimenté des rancoeurs et qui a mené les opprimés à prendre les armes pour défendre leurs cultures et réclamer leurs droits fondamentaux. C’est ce qui a plongé notre pays dans une guerre, au sud, qui a perduré plus d’une demi siècle, et ce qui a suscité d’autres guerres et révoltes qui ne cessent de faire saigner encore aujourd’hui, le Soudan.
Nous soulignons que le titre de cet essai est en fait une réplique à la fameuse question qu’a posé le célèbre romancier soudanais, Tayeb Salih: «D’où sont venus ces gens-là ?», s’interrogeant sur les exactions commises par les islamistes depuis leur arrivée au pouvoir par un coup d’Etat en 1989 ; ce titre constitue également une réplique à tous ceux qui ont vivement applaudi la question de Tayeb Salih, comme si l’oppression des minorités et les violations des droits de l’Homme dataient seulement de l’arrivée des islamistes au pouvoir dans notre pays.
Cet essai a été présenté pour la première fois en 1996 à un colloque organisé par la section de l’Organisation soudanaise des droits de l’Homme (SHRO) en Hollande.
Abdalla Ahmed Bashir (Abdalla Bola)
Ecrivain, chercheur et artiste. Titulaire d’un doctorat de l’Université de la Sorbonne (Paris), il est l’auteur de plusieurs ouvrages et d’articles dont la plupart traitent de la question de l’identité culturelle au Soudan.
4/ Yousif Kuwa Mekki,
« Les choses n’ont plus jamais été comme avant»
« Les choses n’ont plus jamais été comme avant » ("Things Were No Longer the Same") est un chapitre extrait du livre « Le droit d’être Nouba. Histoire du combat d’un peuple soudanais pour survivre » (The right to be Nuba. The story of sudanese people’s struggle for survival), édité par le Dr. Suleiman Musa Rahal en 2001.
Dans ce chapitre à la fois amusant et émouvant, feu Yousif Kuwa Mekki raconte des souvenirs de son enfance, de ses années d’études à l’école primaire jusqu’à l’université, des traditions de son ethnie, les Nouba, et de ses débuts d’homme politique. Les élections de 1981 pour élire un parlement régional, ont marqué son parcours et préparé son entrée dans la vie politique. Il remporte la circonscription de la ville de Kadougli dans les monts Nouba malgré une compagne électorale déloyale face à deux adversaires «arabes» riches, soutenus par la communauté de commerçants immigrés du Nord du pays, alors qu’il était jeune avec un maigre budget. Cette évènement a démontré à ses adversaires, mais aussi aux Nouba - auxquels cette victoire a redonné confiance - que « les choses ne seraient plus jamais comme avant ».
Pour plus d’informations sur ce livre, veuillez consulter ce lien :
http://www.justiceafrica.org/right2bnuba.html#toc1
Yousif Kuwa Mekky (1945-2002),
Diplomé en Sciences politiques de l’université de Khartoum, feu Yousif Kuwa Mekki était enseignant, homme politique et leader du mouvement clandestin Kolomo aux monts Nouba. Il a rejoint l’Armée de libération des peuples du Soudan (SPLM) où il fut promu au grade de commandant. Sa mort prématurée a attristé profondément les démocrates soudanais et les défenseurs du peuple Nouba.
Dr. Suleiman Musa Rahal,
Médecin virologiste résidant à Londres, Suleiman Musa Rahal est défenseur des droits du peuple Nouba (habitants des monts Nouba au sud-ouest du Soudan), Fondateur de «Solidarité nouba en exil» et directeur du «International Nouba Coordination Centre».
Sid Ahmed Bilal,
Poète et traducteur soudanais résidant à Londres a traduit de l’anglais vers l’arabe ce chapitre publié par Respect.
5/ Adil Algassas,
«Etait-ce vraiment la première fois? Sur les violations des droits de l’homme dans le Darfour»
Cet article portant sur les violations des droits de l’Homme dans la région du Darfour, a été présenté lors d’un colloque organisé par la communauté soudanaise de la province de Victoria, en Australie, le 9 juillet 2004.
Pour justifier la demande d’aides financières, militaires et politiques auprès des pays arabes afin de continuer la guerre génocidaire qu’ils mènent contre les populations du sud, les gouvernements soudanais successifs ont invoqué comme prétexte la défense de cette partie du pays tantôt contre le danger missionnaire occidental, tantôt contre le danger communiste ou sioniste, et, parfois, contre tous ces dangers conjointement.
Aujourd’hui, ce prétexte n’est plus valable dans le cadre d’un Darfour musulman. C’est donc au nom de la défense de l’unité du pays que le gouvernement continue à demander l’appui des Etats arabes. Or, ce n’est pas la première fois qu’une région musulmane se révolte pour réclamer ses droits ; les exemples se sont multipliés ces dernières années aussi bien à l’est, qu’à l’ouest et même au nord du Soudan.
Les exactions auxquelles on assiste aujourd’hui ne se produisent pas non plus pour la première fois dans la région de Darfour où les droits de l’Homme ont été bafoués auparavant, même par des régimes démocratiques. Le fait nouveau, c’est l’apparition de viols collectifs et de déplacements massifs.
Adil Algassas
Poète et nouvelliste. Il vit actuellement en Australie.
6/ Gussai Hamror,
«La tolérance religieuse, une nécessité indispensable»
Cet article a été présenté lors de la célébration du 20° anniversaire de la mort du penseur musulman Mahmoud Mohamed Taha, exécuté par pendaison le 18 janvier 1985, par les islamistes soudanais qui soutenaient alors le régime du général Jaffar Numeiry.
A la lumière de l’idée de ce grand penseur selon laquelle les religions constituent une entité unie, l’auteur traite de la question de tolérance religieuse, et de la cohabitation pacifique entre les religions.
Gussai Hamaror réside et poursuit ses études universitaires aux Etats-Unis. Il s’intéresse à l’Histoire, aux religions et à la philosophie, et a écrit plusieurs articles relatifs à ces domaines.
7/ M. Abdelgabar Abdalla Abdelwahab,
« La traduction : un vecteur pour la paix, le dialogue des cultures et la démocratie au Soudan »
Cet article est publié dans ce même numéro en langue anglaise et intitulé : «Translation : A Vehicle for Peace, Cultural Dialogue and Democracy in the Sudan». Il a été présenté à la 24ème Conférence de l’Association des études soudanaises (SSA), organisée à l’Université de York, à Toronto, Canada, du 18 au 20 août 2005 et constitue un projet pour la préparation d’un doctorat en traductologie.
Abdelgabar Abdalla tend ici à démontrer comment la traduction peut devenir un outil pour établir la paix, faciliter le dialogue entre les cultures soudanaises et consolider la démocratie au Soudan. Pour mieux préciser sa vision, l’auteur commence par définir le processus de la traduction qui ne se limite pas, d’après cette définition, au transfert de ce qui est dit dans une langue vers une autre, mais qui s’étend également à la transmission des messages non linguistiques par le biais des différentes formes d’expressions culturelles telles que la musique, les œuvres d’art ...etc. C’est plus particulièrement sur ce genre de traduction qu’on peut compter pour approfondir le dialogue entre les différentes cultures soudanaises ; mais cela nécessite que la politique culturelle et linguistique de l’Etat soudanais change radicalement. Le dernier accord de paix signé par le gouvernement et le Mouvement de Libération des Peuples du Soudan (SPLM) doit oeuvrer dans cette direction. Or actuellement, l’hégémonie de la culture arabo-islamique constitue un obstacle à une telle démarche, ce qui rend indispensable d’adopter une politique qui incite à accepter l’Autre. Tout en précisant qu’il n’exprime aucun sentiment contre la culture arabo-islamique du Soudan qui est celle de la majorité de la population, l’auteur pense que plus elle devient plus tolérante, démocratique et sans intention hégémonique, plus elle aura de chances pour s’épanouir et pour devenir un facteur d’unité pour le pays.
Ils incombent aux linguistes et aux traducteurs la responsabilité d’apporter leur contribution pour préserver les langues soudanaises et pour écrire celles qui ne sont pas encore écrites. Ils doivent aussi déployer leurs efforts et exercer des pressions afin que soit adoptée par l’Etat soudanais une politique culturelle et linguistique plus démocratique. Il leur faut également multiplier leurs efforts pour renforcer la traduction entre les différentes langues soudanaises, et notamment la traduction des textes religieux et littéraires, écrits et oraux, ainsi que celle des textes de différentes formes d’expression artistique. Enfin, ils revient aussi aux linguistes et aux traducteurs d’oeuvrer pour la publication des traductions sur différents supports : livres, magazines, revues, films documentaires, vidéocassettes, Cds, Dvd ...
Pour transformer ces aspirations en réalité, l’auteur suggère la mise en œuvre d’un projet national pour la traduction des cultures soudanaises et propose des grandes lignes qui se résument à la création d’un centre de traduction lié à un établissement académique ou culturel international réputé. Ce centre devrait être à but non lucratif, siéger à Khartoum et avoir des bureaux dans les différentes régions pour couvrir les différents groupes culturels et linguistiques.
Abdelgabar Abdalla Abdelwahab
Journaliste et traducteur. Il a enseigné la traduction à l’université Alahliyya au Soudan.
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